La cagagne

Bonjour,

Pour les non initiés, c’est la chiasse, la diarrhée de chez nous. Si tu as la cagagne, il n’y a pas 2 solutions, il faut y aller, et vite…
Evidemment le souci c’est qu’on ne peut pas faire 2 choses à la fois !
Sauf que…

Evidemment bis, à la chasse c’est encore plus délicat.
Je ne parle pas de la chasse aux escargots, ou de celle aux champignons, cueillir un bourgogne ou un sanguin pendant l’effort, c’est assez commun. De fait c’est compréhensible parce que le regard est beaucoup plus près du plancher des vaches, et donc des bêtes à cornes ou des bolets.

Par contre avoir la chiasse à la chasse, c’est plus délicat.

Le petit papier essuie…tout fait parti du nécessaire et indispensable attirail du chasseur.
C’est gênant de devoir prendre soin de son illustre arrière train avec les épines d’argelas ou les feuilles d’orties !
Reste à le retrouver à l’instant T … parce qu’on ne s’en sert pas tous les jours et que depuis l’ouverture on ne sait plus dans quelle poche on a bien pu le planquer…

Et là c’est un moment de grande solitude du chasseur.

Quoique pas toujours justement.
Car c’est pendant ces longs moments de recherche infructueuse qu’il t’arrive pile ce qui doit arriver…
Combien d’histoires de palombes qui t’arrivent alors sur le chapeau, de lièvre débusqué inopinément juste au dernier effort, de goupil surpris … à te surprendre.
Bon, quelque part ce n’est pas grave et ça prête à sourire, ça fait parti des bonnes histoires qui font rire pendant nos repas de chasse.

Mais celle là, ça ne m’a pas fait trop rire sur le coup… je vous raconte.


C’était donc l’année où je chassais sans chien. Pour palier cet handicap, je marchais très doucement, en faisant le moins de bruit possible, à l’indienne, tout comme les chasseurs à l’arc.
J’avais aussi adopté une tenue camo .
Ce jour là, je n’avais pas vu le moindre bout d’aile, la moindre patte, rien.

C’est une chasse qui est très fatigante, nerveusement parlant, au bout de 2 heures à faire le sioux, j’étais « lessivé » et il m’importait seulement un bon petit repos.
Comme j’étais près du reposoir à palombes et que le jour déclinait, je tentais ma chance au petit bois, direction le petit affût près du gros pin.

Oui, mais arrivé là, je me suis tellement détendu que ça c’est aussi bien détendu au niveau des boyaux et que la cagagne fut …pressante.
Ni une, ni deux, tant pis pour les palombes, il fallait défroquer au plus vite.
Pour ça, pas de problème, mais comme je vous l’ai dit, pour le papier…. bézef ! (Niet en français dans le texte)

Je ne les ai pas entendu venir au début, j’étais tellement préoccupé avec mon souci de cellulose, et comme je n’avais pas non plus à disposition les petits jets d’eau hygiéniques des toilettes japonaises…à la guerre comme à la guerre, j’ai commencé à récupérer 4 feuilles par ci, 4 feuilles par là, mais avec les feuilles de chênes, je n’étais pas arrivé !

Mon Dieu quel canon !
Mais d’où ils venaient ces deux là !!!!je n’avais même pas entendu les vélos qu’ils avaient dû laisser au chemin…
Toujours est – il que j’étais bien coincé…et très- très gêné…
Le froc par terre, en camo, ils ne m’avaient pas vu, j’étais pourtant à moins de 10 mètres !
Si moi j’étais partiellement dévêtu, vous devinez bien qu’en ce qui les concerne…ça n’a pas trainé !
J’étais tellement gêné et …couillon, que je me forçais à bien regarder par terre, je me disais
« c’est comme les bêtes, si tu ne les regardes pas tu ne vas pas attirer leur attention »

De fait vous devinez bien que les minutes ont duré des heures, j’étais à cou-cou, j’avais la tête repliée entre les mains… et les crampes qui montaient.
Les amoureux étaient tellement occupés qu’ils n’ont strictement rien vu (ni rien senti non plus !) et qu’ils sont repartis comme ils étaient venus.

Et moi j’étais doublement soulagé, pour les crampes et pour la honte s’ils m’avaient vu.
La fille je m’en souviendrai longtemps, si belle habillée, comme je vous l’ai dit, mon Dieu, mais quel canon !


Putain de chiasse, Putain de chasse !



Sujet écrit par jean-paul13 le dimanche 3 mars 2019 à 13:44

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