Mon premier "gros" gibier

Bonjour,

Mon premier « gros » gibier
C'était à Villeneuve. Des Villeneuves il doit y en avoir un bon cent en France, là je vous parle DU VILLAGE de Villeneuve DE CHEZ MA GRAND MERE - paix à son âme-.

Donc, à Villeneuve Papi et Mamie s’étaient retirés en retraite. Après la mort de Papi, Mamie avait conservé un gros bon bout de jardin à l’écart des voisins agriculteurs.
Elle faisait des tas de confitures et de conserve qu’elle rangeait à la cave, une grande cave ou elle mettait bien rangées les bouteilles de piquette de vin de la coopérative, les pots de fruits et légumes et le charbon de bois.

Pendant qu’elle s’escrimait à cultiver son bout de terre, (à l’époque ce n’est pas croyable ce qu’elle arrivait à sortir de ces 3 000 m²- la famille chargeait des coffres entiers de 4L-), moi je passais mes vacances à déglinguer les moineaux qui se gavaient de cerises et du grain des poules.

Mais ça n’était que « petits » gibiers de poche que j’ affûtais par tous les temps près du poulailler. Au début de mes exploits cynégétiques j’avais une carabine à plombs sans marque et sans puissance et les pauvres moineaux se faisaient « finir » par les poules. En citadin reconverti j’ai vite appris que ces poules apparemment tranquilles étaient en fait de vraies carnassières et elles avaient le vice d’attendre en bas du grillage qu’un moineau se casse la figure du bon coté pour le récupérer et courir à qui mieux- mieux pour achever le malheureux et le décortiquer en pièces.
Du coup, je n’en récupérais pratiquement aucun !

Par la suite on m’a offert la superbe Diana et les moineaux tombaient raides morts de mon coté, ou parfois ils restaient accrochés au grillage, et les poules se sont rapidement désintéressées du jeu.
Pas si con une poule !

Mais bon, dans ma tête de gamin, trottait l’idée d’enfin avoir un « gros » gibier et la Diana ne me permettait guère d’accéder à ce rêve secret. Au mieux j’avais réussi à enquiller quelques pies voleuses et à obtenir les compliments de la grand-mère.

- « Tu devrais aller voir un peu à la cave près de la chaudière à charbon, Papi a dû laisser un vieux fusil, je ne sais pas trop s’il est encore bon, je l’ai vu hier par hasard, il est entouré de vieux tissus… »

C’est vrai que là où il était, il aurait pu y rester encore …Sans vraiment être caché, la pétoire était placée dans un coin à l’abri de la moindre goutte de lumière, enveloppée en plus de tissus à moitié déchirés, bref elle était restée ainsi des années durant et elle sentait l’humide.
Malgré la rouille le système d’armement à culasse fonctionnait encore, c’était déjà ça !

Après j’ai recherché dans le placard les boites de pandore du matériel de rechargement des cartouches de Papi et j’ai fini par mettre la main sur une boite de 24 dont il restait une paire de cartouche de 9.
Ça allait pile ! C’était donc du 24.
J’ai astiqué la pétoire, huilé le canon et pris milles soins de rénovation comme j’ai pu, chargé et déchargé avec une cartouche, viser plusieurs fois à vide, bref, j’ai passé le reste de l’après midi à m’habituer à ma nouvelle arme.

Le soir venu j’ai eu du mal à m’endormir. J’avais enfin un vrai fusil, et 2 cartouches. Pour le « gros » gibier, il allait falloir ne pas rater son coup !

Je m’endormais avec une seule idée en tête, quoiqu'il en soit, il faudrait absolument que ce soit « au vol ». Donc se serait obligatoirement « à plumes ».

Restait à savoir quoi !

Parce qu’à plumes, qui vole, « gros » et qui passe sur le jardin… n’y avait pas grand-chose ! Au mieux des étourneaux, mais ça ne faisait pas assez gros pour satisfaire ma folie des grandeurs de
Gamin -chasseur…
A moins que j’arrive à en faire plusieurs en un seul coup, ça pourrait aller.

Je me suis dépêché d’aller affûter derrière le gros cognassier.
Ces étourneaux qui d’habitude passaient en paquets serrés se moquaient de moi, au mieux ils me survolaient par 1 ou 2, maxi en tous petits paquets, mais jamais serrés les uns des autres. Ça ne ferait jamais le « gros coup » ! J’en étais là de mes réflexions et je quittais l’ affût, bien décidé à y revenir en soirée.

La journée passa ainsi, le repas de midi pratiquement sans conversation car j’étais tout à mes réflexions et à mes stratégies cynégétiques à venir.

A 16 heures précises, j’étais derrière le gros cognassier, derrière moi le champ était en jachère, la grand-mère appliquait une rotation stricte du non cultivé, c’était surement le secret des rendements fabuleux qu’elle tirait de son bout de terre.
En tous les cas, si ça tombe dans les trente mètres, ça ne sera pas compliqué de récupérer le « gros » gibier.

J’en étais là de mes réflexions quand le miracle se produisit, ce n’était pas un mais un paquet de gros qui me fonçait droit dessus, et pas hauts !
Le 24 bien devant, j’avais visé le premier mais c’est quant même un de la queue du vol qui décrocha.
Et se cassa royalement la gueule à la limite des fameux 30 mètres !
Ni une, ni deux, je récupérai mon « gros » gibier et courait comme un fou à la maison.
Quand j’ai déposé mon gibier sur la table, ma grand-mère que je n’avais jamais entendu prononcer de ma vie le moindre gros mot salua ainsi mon exploit :

« Mais putain, tu as tué un pigeon de la voisine ! »



Sujet écrit par jean-paul13 le lundi 11 mars 2019 à 13:54

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