Papi à la palombière...

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Papi à la palombière...  [3 réponses]

jean-paul13
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Imprimer Permalien mercredi 21 août 2019 à 16:02  

Je vous livre le récit de chasse qui m'a mis définitivement au banc des accusés d'ayatollahs sur un forum de chasse et une revue associée. J'espère que l'humour en France restera une tradition et que la littérature ne sera pas systématiquement censurée pour cause d'humour incompris... vous allez voir, il n'y a pas de quoi fouetter un chat !!! bonne lecture à vous. Jean-Paul

Papi à la Palombière…

Novembre 2018… Comme chaque année me voilà chez mon papi, quelque part dans les Landes…
Tout commence par le petit déjeuné de Papi à la maison, pas de dérogation, papi vient de prendre son Tonimalt à l’eau avec un soupçon de lait. Au dehors on devine que le vent est en train de monter, on est obligé de fermer les écoutilles de la cheminée. Le papi est nerveux, il boit son Tonimalt à grosses goulées, il y a une ou deux tranches de bacon qui grésillent dans la casserole, vite agrémentées de 2 ½ufs au plat et vite ingurgitées. Papi, gastronomiquement parlant, se fiche bien de tradition culinaire, il aime ça, c’est tout. La mamie est contente, Papi ne va pas sortir le ventre vide.
On charge les appelants, trois Bleus de Gascogne, dans la toute nouvelle voiture, un 4x4 presque neuf. Nous nous sommes tous cotisé pour lui offrir ce véhicule, Papi n’a pas les moyens et sa vieille 4L était vraiment au bout. En plus, on ne comptait plus les incidents de parcours du Papi pour aller jusqu’à sa palombière, notamment les glissades et embourbements dus aux nombreux envasements et détériorations du chemin de terre qui mène à sa palombière…
Enfin, quand je dis palombière, il s’agit vraiment de palombière de pôvre, un petit cabanon en bois, plutôt du type de ceux qui étaient installés à Notre Dame des Landes, quatre ficelles qui sont reliées aux appelants, quatre chênes élagués pour la pose… et c’est à peu près tout !... mais aujourd’hui, nous n’avons pas le temps de faire dans la description, à peine sortis du 4X4, c’est le grand Truc, avec un grand T !
Je me demande si je ne rêve pas, c’est vrai que hier, j’étais encore dans la voiture à parcourir des centaines de kilomètres pour être au rendez-vous annuel de chasse avec mon Papi. Venant de mon Sud-Est, ça fait un chouilla loin et après des heures de route et un super repas de bienvenue, la nuit aurait due être réparatrice… C’était sans compter que le bati-bati s’est mis de la partie, j’ai rêvé de palombes et encore de palombes, si bien que j’avais du bleu plein les yeux en me réveillant, et les yeux si fatigués que j’avais du mal à les tenir ouverts…
Mais là !!!!
- Mais bouges toi un peu, tu ne vois pas qu’on va tout rater ! Tu as les couilles molles aujourd’hui ou quoi ?
Le Papi s’énerve, je ne l’ai jamais entendu me parler de la sorte, vues les circonstances je lui pardonne. Nous ne sommes pas encore en place que les vols se succèdent, et bas, très bas, très vite, quelques-uns tournent même, ça cherche la pose…
Il n’y a pas que le Papi qui s’énerve, les Gascogne aussi. Je ne sais pas s’ils ressentent les tremblements du vieux, mais pas moyen de les calmer, alors pour leur mettre le harnais et les installer sur leurs attelages, c’est toute une affaire.
- Vas-y toi, fais-le !
Nous avons juste le temps de rentrer au cabanon, un gros vol tourne, reprend le vent, redescend, indécis, on le perd de vue… Mon Papi est droit comme un I, il les cherche des yeux, puis il se courbe, tire une ficelle, puis l’autre, puis il ne sait plus… lui qui le fait toujours de haut en bas, il le fait de bas en haut, deux à la fois, les trois même… Des ficelles il y en a 4, celle du Rouquet ne sert plus à rien, il est mort il y a une quinzaine de jours, on ne sait pas de quoi, de vieillesse sûrement. Il parait que Papi n’a rien dit ce jour-là, il l’a enterré comme il l’a fait de son dernier chien, le « Gaspard », en faisant une prière, ça disait un peu ça :
« Mon Rouquet, mon pauvre Rouquet, tu es au paradis des pigeons, avec toutes celles que tu m’as fait venir. Je te mets en terre à côté de Gaspard, mon dernier chien. Un jour, bientôt, je serais avec vous, et avec la Mamie qui me rejoindra bien vite après mon départ. On sera tous ensemble. Et se sera le grand silence… »
Pour l’instant, le moment n’est pas à la prière, sauf celle pour que le vol revienne… d’ailleurs je crois bien que Papi est en train d’en faire une de prière, en Saint Hubert, en Saint Grand Truc, en Sainte Palombe, en Saint putain de con… car un coup de fusil les a toutes fait chavirer à Dieu sait où. C’est le voisin, lui il est sur le coup, toujours à ferrailler trop vite, à détourner les vols…
- Tu vois, il est déjà là le Hubert ! Ah celui-là…
Le Hubert, ce n’est pas la tasse de thé du Papi. Ils n’ont jamais pu « se voir », c’est un euphémisme. En fait le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils ne s’aiment pas. Ils s’évitent au village, ils s’évitent à la chasse, mais pas de chance ils sont voisins de palombières. Le Hubert, il en a une vraie de palombière, bien haute, avec plein d’appelants, des volants aussi, mais il n’est pas patient, il tire au vol le plus souvent, et comble de catastrophe, il blesse beaucoup… ce n’est pas une fois, mais … un certain nombre de fois que des palombes sont venues à l’infirmerie sur le territoire de Papi.
- Ce n’est pas un vrai chasseur celui-là !
Papi est en colère, il n’a pas posé le vol, et l’autre, le ferrailleur, il est là-bas, il a eu sa chance lui… c’est de la jalousie dissimulée sous une tonne de reproches, une très vielle et indécrottable animosité, ça le rend fou mon Papi. Alors on peut voir son visage qui vire au blanc, puis vers un pâle jaunissement avant de rougir, la peau se tend, se tire, il me fait peur, maintenant il a l’aspect d’un mort ! Et même qu’il y a une goutte de bave au coin de sa lèvre relevée…
- Papi, calme toi bon Dieu, il y en aura d’autres !
Je parle des vols bien sûr, mais Papi n’écoute pas, il est tout à sa ranc½ur, à détricoter les ficelles, là-haut les appelants deviennent fous, ils battent des ailes sans discontinuer.
Le Hubert a encore tiré, une fois, deux fois, trois fois, presque sans discontinuer…
- Il devient fou ou quoi ? Ce n’est pas possible, il le fait exprès pour me faire c…
La décence veut que j’évite de vous relater l’ensemble des injures, pire que celles que l’on peut entendre quand le conducteur du Dimanche apostrophe un touriste mal embranché à Marseille !
Ensuite, ça a été comme dans un rêve, ou un cauchemar, c’est selon… Un rêve de voir les milliers de bleues, palombe après palombe, vol après vol, défiler comme à la parade, ça faisait comme les vols d’étourneaux, des nuages bleus, on se croyait morts et projetés directement au paradis des paloumayres. Un cauchemar car le Papi a littéralement « pété les plombs » ! D’abord il est sorti de la cabane, comme ça, il a regardé le ciel, il a dû croire à un très gros orage, ou peut-être à une éclipse de soleil… l’autre là-bas, il n’arrêtait pas, ça a dû entretenir la confusion de l’orage, ça pétait, ça claquait comme la foudre.
Alors j’ai vu ce que je n’aurais jamais cru possible, mon Papi, oui, mon Papi, celui qui respecte la palombe, celui de la tradition, de la sainte tradition qui lui a dicté toute sa vie le respect de l’oiseau que l’on ne tire que posé, Papi est revenu à la cabane, il a pris son 12, le charge avec colère, il ne vise pas, il tire au jugé, recharge, tire encore et encore, ses mains tremblent encore, il a du mal à mettre les tubes dans la chambre, il y a par terre un amalgame de cartouches vierges et d’étuis fumants…
Petit à petit, je devine que sa colère s’essouffle, il se pose, d’abord il en vise une, puis une autre, puis une autre encore, de plus en plus calmement, les oiseaux qui se jouaient de lui commencent à tomber, un, puis un deuxième et méthodiquement l’un après l’autre.
C’est alors que toute sa colère s’est soudainement arrêtée, les vols de bleues continuent d’obscurcir le ciel, mais là, ce sont les larmes qui obscurcissent sa vue…
- Qu’est ce que j’ai fait, mon Dieu, qu’est ce que j’ai fait là !
Alors, je vois mon Papi, le dos courbé, aussi courbé que celui de Marius qui est sur le port à pleurer son fils parti, le dos courbé à ramasser la première palombe, la mettre sous son gilet dans la poche faite toute exprès, la seconde, la suivante… un véritable calvaire, un chemin de croix. Il y en a même une qui tape encore des ailes, là, c’est trop pour lui, de ma vie c’est la première fois que je le vois pleurer. Oh, ce ne sont pas de très grosses larmes, ce n’est pas le gros cinéma, ce ne sont pas des larmes de désespoir, mais des larmes de vraie tristesse, d’une infinie tristesse…
On n’a pas échangé le moindre mot ensemble, le chemin de retour a été vraiment très long. On est sortis de l’enceinte de bois, le 4x4 a franchi la roubine, on a longé la lisière des pins sur des kilomètres, on a pris le chemin de la plaine. Je n’ai même pas osé porter le moindre regard aux vols de palombes qui continuaient à fuser juste au-dessus de la plaine après avoir crocheté au sommet des pins en une vague déferlante à l’assaut de leur liberté.
La Mamie n’a pas compris sur le coup, franchis la porte je lui ai fait un signe.
Papi a posé sur la grande table, l’une après l’autre, parcimonieusement, chaque palombe. Ça aurait dû être Noël, mais le silence en disait long.
Je les ai quittés le lendemain, Papi n’avait toujours pas desserré les dents. Quelques jours plus tard, j’ai eu Mamie au téléphone, inquiet d’avoir de mauvaises nouvelles, elle m’a simplement dit ceci :
- Papi ? Il est en train de boire son Tonimalt à l’eau. Ah oui, j’ai oublié de te dire, il a remplacé ses tranches de bacon par des tranches de saucisson…
Peut-être sa façon à lui de renouer avec la tradition ?





" Si le peuple n'est pas d'accord, il n'y a qu'à dissoudre le peuple"
 




 
Ωraphael30
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Imprimer Permalien vendredi 23 août 2019 à 00:10  

Elle est très bien cette histoire!!! Explique nous où tu as commis le sacrilège qui te vaut d'être excommunié ?


Je ne suis pas difficile, je me contente de ce qu'il y a de meilleur.


62400 répétitions font une vérité (A. Huxley)

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jean-paul13
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Imprimer Permalien vendredi 23 août 2019 à 08:48  

Je n'ai pas trouvé non plus qu'il y a de quoi choquer quiconque... n'empêche que! j'avais juste fait ce récit pour une commande d'une " revue de chasse" très spécialisée dans la palombe, et bien ils n'ont pas apprécié du tout " mon humour". Il faut dire qu'ils ne pensent et ne vivent que pour la pose en palombière, toute autre chasse est considérée comme crime de lèse majesté, alors le tir au vol n'en parlons pas, je suis rentré sans le savoir dans " l'enfer"! Vade rétro Satanas !!!
Tant pis !!!
Dommage que notre chasse ne puisse pas se conjuguer au pluriel, nos chasses...
Perso je ne défend ni la palombière, ni le tir au vol, mais les 2 ! Mais ça, pour certains c'est pas possible... après qu'ils n'aillent pas se plaindre si un beau jour on leur interdit " leur " chasse, je n'irais pas mettre ma signature pour les défendre
En parlant d'humour, en voilà un qui a le sens de :

https://www.youtube.com/watch?v=VQ9WcbZtobw

super ce sketch ! de l'humour à la française... d'ailleurs nous sommes connus et reconnus pour cela, quand je regarde des films humoristiques angliche, américains ou italiens... je ne rigole pas souvent.
Belges, oui !... ça aussi c'est de l'humour ...!
a+
jp


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hel
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Dieu


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Localisation : hérault
Imprimer Permalien vendredi 23 août 2019 à 10:00  

Oui pas de quoi se faire flageller en place publique


la chasse est plus qu'une passion c'est une culture

 

Papi à la palombière...  [3 réponses]